Jean Charmillot, fil-de-fériste, nous emmène dans son univers

«Pour être un bon artiste de cirque, il faut de la patience et de la curiosité»

Portrait :

Nom: Charmillot. Prénom: Jean.
Age: 18 ans. Domicile: Vicques.
Activités: sortir avec les co pains, lire. «Mais le cirque ne me laisse guère de temps libre!»
Projet: terminer avec succès ma formation au Centre national des arts du cirque, à Châlons en- Champagne.
Mon rêve: pouvoir vivre de ma passion.
Mon cauchemar: être victime d’un accident qui m’empêcherait de poursuivre ma carrière.

Jean Charmillot rêve sa vie sur un fil de fer à deux mètres du sol.

Sur les hauteurs de Delémont, dans le quartier du Domont trône le chapiteau d’Arc en Cirque. Dés-ormais bien connue de la population jurassienne, l’école créée par Martial Chételat il y a six ans regorge de talents.
Parmi eux se trouve notre invité du jour, Jean Charmillot, un jeune homme passionné par le monde du cirque. C’est au milieu du chapiteau, sur lequel le soleil frappe fort – il y fait 41 degrés en ce début d’après-midi – que le jeune homme de Vicques, fraîchement diplômé de l’Ecole de culture générale, révise ses gammes en nous attendant. Pas de doute, chaque instant de la vie de Jean Charmillot baigne dans l’univers du cirque. Ce chapiteau, ainsi que les roulottes attenantes, est un peu comme sa deuxième maison. Une maison qu’il quittera toutefois bientôt pour aller perfectionner son art.

Au Centre national des arts du cirque dès août
Le 27 août prochain, Jean Char millot s’en ira à Châlons-en Champagne, où il a été retenu parmi les seize élèves qui entameront une formation au Centre national des arts du cirque. Une sacrée opportunité pour le talentueux Vicquois, qui sera l’un des plus jeunes élèves: «Normalement, il faut passer par une école préparatoire avant de pouvoir suivre les cours du Centre national, mais il se trouve que les examens d’entrée des écoles professionnelles se déroulaient avant celles des écoles préparatoires. J’y ai tenté ma chance.» Et il a bien fait, puisqu’il a été retenu dans deux écoles professionnelles, et pas des moindres: le Centre national des arts du cirque bien sûr, mais également l’Académie Fratellini à Paris. Il portera finalement son choix sur la première: «C’est l’une des meilleures, avec celles de Kiev et de Montréal, c’est vraiment une référence. Elle offre une formation de trois ans et la possibilité de partir en tournée lors de la dernière année », explique-t-il.

Une fois cette formation achevée, le fil-de-fériste espère pouvoir persévérer dans sa passion et pourquoi pas en vivre: «Pour l’heure, c’est déjà un rêve d’avoir été accepté dans cette école, après on verra. Mais c’est vrai que dans l’idéal j’aimerais pouvoir tourner avec une compagnie sous chapi teau et en vivre.»
Pas un rêve d’enfant

Si sa vie tourne aujourd’hui au tour du cirque, il n’en a pas toujours été de même.
Cette passion d’aujourd’hui ne résulte pas d’un rêve d’enfant. «Comme tout le monde je suis allé enfant voir le cirque, mais cela s’arrête là», souligne Jean Charmillot.
C’est un cours extrascolaire sur le thème de la magie qui lui fait dé couvrir le monde du cirque, à l’âge de 12 ans. Une année plus tard, l’Espace Arc en Cirque ouvre ses portes à Delémont et c’est tout naturellement que Jean s’y inscrit. La magie est toujours la discipline qu’il choisit, avant d’y ajouter celle du vélo acrobatique. «Cela m’a plu et j’ai commencé à venir de plus en plus souvent au chapiteau. En 9e année, j’ai intégré la section Sports-Arts-Etudes». Danse, acrobatie, Jean Charmillot s’essaie à toutes les disciplines pour finalement se destiner à une carrière de fil-de-fériste. Une discipline à ne pas confondre avec le funambulisme, il y tient: «Un fil-de-fériste se tient en général à deux mètres au-dessus du sol, et sans balancier. Le funambule par contre, évolue à une hauteur de dix mètres et garde son équilibre avec un balancier.» Mais au fait, pourquoi avoir choisi cette spécialité? «C’est difficile d’expliquer pourquoi on croche, de premier abord ça peut paraître très ennuyeux. La première fois qu’on essaie, ça ne marche pas. On réessaie et ça ne marche pas non plus! Puis on arrive à faire deux pas et on est très content! Les premiers mois, on se contente de marcher sur le fil et de garder son équilibre. Mais c’est très intéressant, ça développe la concentration et bien sûr l’équilibre», explique- t-il.

A Châlons-en-Champagne, hormis le fil de fer, Jean Charmillot suivra des cours de danse, de théâtre, de condition physique et aussi de dressage de chevaux, une nouveauté pour lui: «Mais je me réjouis d’essayer, on fera de la voltige également», sourit le jeune artiste.
Une nouvelle vie pas de tout repos
Dès le 27 août ce sera donc une nouvelle vie qui commence pour Jean Charmillot, pas toujours facile il en est bien conscient: «Je sais qu’être artiste de cirque n’est pas un emploi stable, il faut toujours être sur la route et chercher de nouveaux contrats. Je pourrais avoir une vie plus facile, continuer des études, puis trouver un emploi tranquille. Mais je n’ai pas envie de ça, je suis curieux de voir ce qu’il y a ailleurs. C’est déjà une énorme opportunité que d’entrer dans cette école, après on verra ce qu’il se passe, mais je sais que cela ne sera pas de tout repos.»

Des expériences chez David Dimitri et Béjart
Si Jean Charmillot a effectué toutes ses gam mes auprès de Martial Chételat et d’Elizabeth Board au sein de l’Es pace Arc en Cirque, dont il a été l’un des premiers élèves, le fil-de-fériste jurassien est également allé voir ce qui se pas sait ailleurs. Outre un stage effectué à Winter thour, ce sont surtout deux expériences qui l’ont marqué: «J’ai pris contact avec David Dimi tri, lui aussi fil-de-fé riste et fils du célèbre artiste tessinois Dimitri, et je lui ai demandé si je pouvais l’accompagner durant le Festival d’Avi-gnon.
En échange de mon aide à la prépara tion du matériel pour les spectacles, il me donnait des cours. J’ai fait une expérience semblable en compagnie de la troupe Rudra-Béjart. J’ai par tagé leur tournée pen-dant trois semaines, en tant que technicien, en Autriche et en France.
J’ai même fait quelques pas de danse avec eux», sourit l’artiste de Vicques, avant de préci ser, en parlant de l’Es pace Arc en Cirque: «Je suis allé voir d’au tres choses, mais j’ai beaucoup appris ici.» (jed)

Quotidein Jurassien 25 juillet 2007

 

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